L’interview (pas) parisienne de la semaine : Wax Tailor (gniiiii !)

Je ne suis pas une groupie. Je n’aime pas les fan et si j’idolâtre en mon for intérieur quelques personnalités, je refuse de verser dans l’hystérie caractéristique du fan lorsque celui-ci se trouve dans les parages de « sa » star.

Pourtant, j’étais à deux doigts de faire voler en éclat mes principes anti-groupie et ma bonne éducation quand on m’a proposé d’interviewer Jean-Christophe le Saoût, artiste virtuose aux commandes de Wax Tailor. Wax Tailor ! WAX TAILOR !!

Son 3ème album, « In the Mood for Life » sort aujourd’hui même.

Interview de Jean-Christophe Le Saoût, un artiste aussi talentueux et généreux musicalement qu’en interview.

Pourquoi avoir choisi le pseudo « Wax Tailor » ?

Le disque, le vinyle, est fait de cire et mon instrument de prédilection est le sampler… D’où le nom wax tailor, qui signifie « tailleur de cire ». Un nom qui sonne un peu mieux en anglais qu’en français, non ?!

« Wax Tailor », on peut dire que c’est une sorte de personnage, de double personnalité ?

Euh je dois reconnaître que c’est avant tout pratique !

J’ai toujours aimé la scène mais je ne suis pas du tout communicatif… Je crois qu’on peut même dire que je suis un peu sociopathe sur les bords. Par exemple, je suis incapable d’aller en soirée simplement pour faire du relationnel. C’est une catastrophe, je suis super timide, je reste dans mon coin…

Donc Wax Tailor c’est un peu ma cape : non seulement, il me permet d’adopter une certaine distanciation, mais en plus, c’est un nom qui représente bien mon projet.


A chacun de tes albums correspond une histoire… Peux-tu nous raconter celle de « In the Mood for Life » ?

En fait, lorsque je compose un album, j’essaye surtout de créer un disque qu’on a envie d’écouter de A à Z plutôt qu’un ou deux de ses morceaux.

ll n’y a donc pas vraiment de concept sur In the Mood for Life.

Concevoir un album, c’est un peu comme être metteur en scène : la musique colle à la réalité de chacun. Surtout, elle permet d’ouvrir l’imaginaire de chacun selon son propre vécu.

Lorsque je crée un album, je développe ainsi des saynètes qui mises bout à bout, forment une sorte d’entité qui permet à chacun de créer sa propre histoire.

De la même manière, je construis un morceau en pensant d’abord à un artiste avec lequel j’ai envie de travailler, et non l’inverse ! Parfois, la rencontre avec l’artiste m’amène même à revoir mon idée initiale.

C’est ce qui s’est passé avec Charlie Winston. La rencontre s’est vraiment bien passée. Charlie Winston était très réceptif, très enthousiaste. Il m’a poussé à jouer un peu plus la carte de l’improvisation et « I Own You » ne ressemble finalement pas tout à fait à l’idée que j’en avais eu, initialement.

Tu parles de Charlie Winston. Tu as déjà travaillé entre autres avec The Others, State Of Mind, Voice… Avec qui rêverais-tu de collaborer ?

Je rêve de travailler avec un tas d’artistes. Billie Holiday par exemple… mais ça va être compliqué !

Quelles sont tes influences ?

On se nourrit d’une somme de choses et pas d’une chose en particulier ! Ce qui donne vraiment son sens à une musique, ce sont les arrangements. En la matière, je pense que la musique n’a pas connu de grandes inventions depuis Sergent Pepper.

Tu utilises beaucoup de samples. Peux-tu nous dire comment tu construis tes morceaux ?

Je suis très solitaire dans la création : je fais de la rétention longue durée sur le premier jet de mes maquettes avant de les partager.

Et je travaille à l’envers. La collecte de sons, j’ai essayé, mais c’est impossible ! Il y en beaucoup trop.

C’est peut être là le point original de mon travail, l’équilibre et l’harmonie à trouver entre des samples différents qui au départ, ne vont pas du tout ensemble.

Concrètement, je prends un extrait, par exemple d’un morceau « easy-listening » des années 60-70. Ce morceau peut-être profondément inintéressant en soi mais avec des patines particulières, une bonne méthode de production et associé à un autre extrait, l’ensemble va devenir intéressant.

Pour les éléments parlés, j’ai une méthode plus proche de celle des cinéastes. Je me sers d’ailleurs souvent d’extraits de films, ceux d’Hitchcock et de Woody Allen par exemple, mais aussi de contes, comme l’illustre d’ailleurs la chanson « Sit and listen« .


On classe souvent ta musique dans la case « électro », qu’en penses-tu ?

Souvent, les gens ne savent pas quelle étiquette me coller !

A mes débuts, on s’est posé ces questions : on le classe en « trip-hop », en « électro » ? On doit bien choisir sur quelle étagère de la Fnac on va être rangé !

Comme je ne me sentais pas légitime, voire totalement étranger à la culture hip-hop, j’ai choisi l’électro, plus proche de mon travail… même si le genre englobe des musiques qui ne sont pas les miennes, comme la techno.

On me donne aussi des influences « Portishead » et là je dis oui, j’ai souvent écouté ce groupe !

En revanche, quand on me parle de musique lounge, je ne suis pas d’accord. Pour moi, c’est le type même de musique à ne pas écouter ou alors, dans les mauvais ascenseurs.

Et sinon, ça va ?

Je vis en ce moment une période très excitante ! On part en tournée aux Etats-Unis début octobre puis on entame une longue tournée française avec 2 dates au Bataclan. Ensuite, ce sera la Suisse, l’Allemagne, la Belgique, les Pays bas… Très fatigant, mais tout ce qu’on me renvoie est tellement plein d’énergie que c’est communicatif !

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