Je suis en terrasse (et je compte bien y rester)

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4 jours. Depuis 4 jours, je pleure. Depuis 4 jours, tout me semble inutile et sans saveur. J’ai le coeur lourd, si lourd. J’essaye de ne pas me laisser envahir par la colère, fruit de ma révolte, de mon incompréhension. De ne pas réagir à certains statuts que je vois passer et qui me rendent dingue. Je pense à eux, à elle. Je suis plongée dans des affres de perplexité, je suis comme anesthésiée, hébétée. Je pleure, encore, toujours. 4 jours.

Et puis, hier soir. Elle avait décidé de rassembler quelques amis. Les siens et puis ceux de son mec disparu au Bataclan vendredi. J’ai pleuré sur le chemin pour y aller. Le bar était noir de monde. Je l’ai vue tout de suite. Belle. Incroyablement belle. Et si digne. Je me suis jetée dans ses bras, je l’ai serrée aussi fort que j’ai pu pour lui transmettre toute l’amitié et le soutien que je voulais lui témoigner, pour lui dire implicitement que je suis là et que je serai là pour elle. J’ai serré les dents très fort aussi parce que je sentais les sanglots monter, encore, et que je ne voulais pas pleurer devant elle. Ça non. J’ai été maladroite, toute empêtrée dans les filets de mon chagrin, en lui lançant un « ça va ? ». Elle a heureusement été rapidement happée par d’autres bras aimants, d’autres amis venus lui communiquer un peu de leur chaleur humaine. Nous étions si nombreux. Je ne connaissais pas grand monde, mais je suis restée, un peu, pour être à ses côtés, même de loin. Et j’ai regardé ces gens qui m’étaient inconnus. La musique dans le bar était bonne, le vin et la bière coulaient à flot ; les conversations allaient bon train. J’ai même vu quelques sourires… et aucune larme. Zéro. Des yeux parfois un peu hagards, oui, mais pas de larme.

Et j’ai compris. J’ai compris que le chagrin d’avoir perdu un être cher ne passerait pas. Jamais. Que le plus beau des hommages était de faire vivre un ami en se souvenant des jolies choses vécues à ses côtés plutôt qu’en se laissant submerger par le chagrin de sa perte. Surtout, j’ai compris que la meilleure réponse à la barbarie était de lutter… Oh, pas en dégainant une kalach ou un cran d’arrêt, non. Mais en continuant à sortir, à vivre. Notre arme à nous est bien plus forte. Notre arme, c’est un bar, une terrasse, des amis. Notre arme, c’est cet élan de fraternité et cet amour qu’on a les uns pour les autres et que les atrocités commises vendredi soir ont permis de révéler un peu plus fort, pour peu qu’on le veuille vraiment.

Alors, je suis restée encore un peu. Je me suis forcée à sourire, j’ai trinqué à sa santé et j’ai senti une petite flamme se rallumer, là, tout au fond et malgré cette indicible tristesse.

Et puis, en rentrant, nous nous sommes arrêtés tous les deux manger un morceau. Simplement. Tout près de la vitrine, en terrasse.

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Crédits photos

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Commentaires

Ce billet est très beau Deedee. Vraiment très beau. <3

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<3

<3
et pour ces photos

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Merci Christelle

Bonjour Deedee,

C’est bizarre mais il flotte comme un sentiment de légéreté sur ce billet malgré la profonde tristesse qu’il renferme. Surement la petite flamme dont tu parles qui jamais ne s’éteindra. <3

L'

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Je ne sais pas si c’est de la légèreté. Mais compiler ces photos m’a fait du bien, assez égoistement.

Oh non ce n est pas de le légèreté
Parce que autant j ai senti encore une fois mon ventre et ma gorge se serrer et les larmes monter en lisant tes mots… Autant la vue de tes photos (mention spéciale au pitchoune qui caline le chaton que t as envie de les chopper tous les deux au creux de tes bras pour les serrer :-)) m a enrobée d une douce chaleur
Alors non vu l effet de tout ça, c est pas léger 😀
Mais pour tout ça justement merci…

Légèreté n’est peut-être pas le terme approprié, mais tes mots,
et tes photos m’ont,comme à toi,fait du bien.
Le temps d’un instant, mon cœur était moins serré. Tu m’as, à nouveau fais entrevoir un espoir. Parce-que la vie se doit de continuer malgré la douleur, avec justement la petite flamme
dont tu parles qui jamais ne doit s’éteindre. D’où ce sentiment de presque « légèreté ».
Je reconnais qu’il est difficile de s’exprimer et surtout de
faire comprendre aux autres personnes, son propre ressentit.

Merci. Courage, c’est celui qu’elle, tu, vous, nous montrons, je l’espère, cela se sent. Pour ceux que nous aimons.

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Elle, surtout. Merci Anne Claire.

Merci pour ces jolies photos qui font du bien <3

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<3 Chloé

IL faut la laisser monter cette petite flamme. Pour ceux qui ont laissé leur vie et ceux qui restent. <3 <3 <3 <3

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Oui, pour Matthieu, pour tous les autres. Et pour tous leurs proches qui souffrent aujourd’hui.

Chère Deedee, merci pour vos mots, ces photos. je vous souhaite une belle journée.

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Merci Josy, à vous aussi.

Très beaux mots, et superbes images dont j’entends la musique derrière… Plein de ❤

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Courage, à elle, à toi.
Te lire me fait monter les larmes.
Mais tes images choisies me réconfortent, elles sont lumineuses.
Je t’embrasse Delphine <3

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A elle, surtout, vraiment. Elle est si forte…

Je t’embrasse ❤

Les images que tu as mises font beaucoup beaucoup de bien.
Plein de courage à vous, à elle, à nous tous. Ne pas trop s’empêcher de pleurer, parce qu’il le faut aussi, comme pour chaque deuil. Et remonter la pente.

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Oui, ça m’a fait beaucoup de bien de les chercher sur Pinterest hier.

Je n’ai même pas les mots pour exprimer mon émotion.
Courage Delphine et mille baisers à ton amie.

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Merci pour elle Vanessa <3

Coucou Deedee ! C’est un très beau billet. Merci !
<3

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Merci Adeline <3

Merci pour ces mots et pour ces photos remplies de vie et d’espoir…<3

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Ma Chère Deedee,

Tellement HEUREUSE de te retrouver avec un cœur aussi VIVANT, malgré toutes ces atrocités.Ce qui ressort de ton si joli billet, et qui ne sauvera à tous j’en suis sûre, c’est notre capacité à devenir ALCHIMISTES…Transformer toute cette haine, cette barbarie, en AMOUR, en élan pour l’autre, en lumière. Merci ma Parisienne <3, toutes mes pensées vont vers toi et vers ta Magnifique et si Courageuse AMIE.

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Merci à toi Stéphanie pour ces si jolis mots, et pour les bonnes ondes ❤

Merci Deedee, c’est la toute première fois que je laisse un commentaire sur ton blog mais là c’est presque thérapeutique de laisser ces quelques mots après avoir lu ton joli post. J’ai moi aussi perdu deux copains au Bataclan et nous nous sommes aussi retrouvés avec ses proches pour un diner lundi soir et tout comme toi j’ai ravalé mes larmes pour ne pas pleurer devant leurs parents, les frire et soeurs, et j’ai rigolé aux blagues, trinqué…Je crains que rien ne soit plus pareil désormais. Oui je vais me remettre à vivre et à sortir mais là tout de suite, maintenant, ça fait trop mal. Oui j’ai de l’espoir mais j’ai encore peur et je suis encore si triste. Alors voilà, je vais essayer de te voler un tout petit peu de ta petite flamme si tu le veux bien.

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frère, bien entendu ( tiens, ça me fait bien marrer cette faute de frappe toute pourrie!)

Je suis désolée de lire que tu as perdu deux de tes amis. C’est une tragédie… on connait tous quelqu’une qui connait quelqu’un qui… Vole la cette flamme, bien sûr, c’est fait pour ça ❤

Il faudra être auprès de cette amie longtemps. Maintenant, mais aussi plus tard, dans un an, dans deux ans, quand les autres auront repris leur vie.

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Oui. Aujourd’hui, c’est, disons, « facile » : tout le monde est là, c’est normal. Demain, quand la vie aura repris ses droits (et elle le fera, fort heureusement !), ce sera une autre histoire. Je serai là. Et je ne serai pas la seule, c’est sûr.

Ton message me fait penser à ce phénomène des gens qui reviennent des camps et des autres. Ma grand-mère juive, qui s’est caché pendant la guerre, pleurait énormément les gens qu’elle avait perdu pendant la guerre et a gardé une mélancolie doublée d’une tristesse infinie. A ces côtés, un de ses cousins a perdu toute sa famille dans les camps et lui aussi a été raflé, mais en a miraculeusement réchappé. Et je l’ai toujours connu souriant avec un humour débordant. Je pense que, parfois, les gens, qui ont connu l’enfer, ont une énergie ou une joie de vivre incroyable ( un peu comme ton amie, j’ai l’impression) comme s’il savait que la vie est fragile et qu’il faut en profiter.

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Je te fais un énorme câlin virtuel et je pleure avec toi.merci pour ces belles et douces images.

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❤, pour elle, surtout : j’ai l’impression d’usurper son chagrin. Je n’ai pas écrit pour me plaindre, pour qu’on me console. J’ai écrit pour elle, pour lui, pour eux.

Quel beau message quel douceur de ton quelle justesse dans votre emotion
J ai beaucoup d espoir j ai ete temoin de beaucoup de sympathie vivantvà l étranger
Merci

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Je ne sais pas trop quoi dire qui pourrait apaiser ta douleur. Je te serre fort fort fort dans les bras. Fort fort.

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Voilà, c’est ça : les câlins ❤

Ma belle Deedee ton chagrin est à l’image de ceux de toute une génération qui se sent attaquer dans sa jeunesse, sa joie de vivre et son avenir. Nos amis qui ont perdu un de leurs proches ont besoin de nous, de notre présence, mais surtout de notre joie, de notre force pour pouvoir surmonter cette horreur. Soyons présents et partageons cette petite flamme avec ceux que nous aimons. Je t’embrasse affectueusement.

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Merci pour la justesse de ton commentaire Marie. Oui, c’est exactement ça : je ne me sens pas le droit de me laisser abattre, de pleurer, d’être effondrée. Ce que je vis n’est rien par rapport à ceux qui ont perdu un mari, un enfant, un frère… mais la vache, c’est difficile de jouer à la légèreté, au rire, à la joie… !

Je t’embrasse aussi ❤

C’est si triste…Quel courage faut-il avoir pour affronter ces horreurs ? Comment faire pour continuer à vivre sans la personne aimée ? Effectivement, il va falloir deverser des océans d’amour pour essayer de surmonter tout cela. Merci Delphine pour ce joli billet et ces belles photos.Belle soirée. Alexandra

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Merci à toi Alexandra ❤

Merci pour ces mots justes et sensibles et pour ces photos pleines de vie.

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Merci Léontine ❤

Je suis sincèrement désolée d’apprendre que tu as été personnellement été touchée par ce drame.. Je suis déjà très « émue » alors que j’ai la chance de ne pas avoir de proches victimes de ces évènements mais il m’est insupportable de voir que des gens que je connais ont perdu des êtres chers dans ce carnage.
C’est dur de s’exprimer sur le sujet mais j’avais aussi besoin de mettre ça quelque part même si ma peine n’égale pas la tienne et encore moins celle de ton amie j’imagine .

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Merci pour tes mots, ils sont remplis d’amour et de courage. Je t’envoie à toi et ton amie beaucoup de tendresse.

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ton billet m’a fait beaucoup de bien je suis si triste depuis vendredi si apeurée par cet avenir et puis tes photos évoquent la VIE la lumière la simplicité on va être fort tous ensemble l amour est le meilleur des remèdes soyons forts

100000 baisers douceur….

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Courage Deedee. Je n’arrête pas de me dire que nous sommes effectivement physiquement très vulnérables mais moralement extrêmement fort grâce à ce soutien humain et cet ouragan d’amour.
J’espère que tu prends soin de ta petite flamme.

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La vie est belle toujours!!!!. Malgre tout. Car la vie est plus forte que la mort.
Merci pour ce beau billet qui manqué pas de l’amour et l’amitié.

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Ce texte est aussi beau que triste que plein d’espoir, et il fait du bien. Merci Deedee ♥︎

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Quel bel article.
Matthieu était un de mes enseignants à la fac. Il m’a transmit sa passion de la géographie urbaine et je ne ferai pas ce métier aujourd’hui si je n’avais pas croisé sa route. Il était passionné et pédagogue, à l’écoute et disponible pour ces étudiants qui l’appréciaient beaucoup. Il avait un sourire qui à fait fondre beaucoup d’étudiantes, et son départ nous a profondément touché. Je sais que beaucoup de camarades de promo, et moi même bien sur, pensons beaucoup à sa famille, et, de Clermont-Ferrand, nous lui envoyons autant de courage que possible. <3

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Elle est con ta photo du chat accroché sous le PQ…! Punaise, ça fait du bien de sourire niaisement ! Merci pour ce billet <3

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Il y a ceux qui sont morts et il y a ceux qui ont survécu et qui doivent vivre avec la douleur mais sans l’être aimé. Il y a ceux qui ont vécu l’enfer et qui en même temps ont perdu un être cher. Il y a un double traumatisme et comme le disait un psychologue à la radio, il faut vivre et surmonter « ce traumatisme normal lié à un événement anormal ». J’ai un ami qui était au Bataclan avec sa copine, ils s’en sont sortis vivants mais pas indemnes. Je trouve très bien d’en parler, de parler de sa tristesse, de ses peurs pour avancer. Merci Deedee

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Cela fait 10 ans que je te lis… ce soir, j’ai envie de te dire merci, et moi aussi de te serrer dans mes bras… (je me permets hein). Merci…

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Merci pour ce beau billet ! Pensées pour ton amie !

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Merci Delphine, pour tes mots, tes billets dont on a d’autant plus besoin dans ces moments..

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Merci à toi Bianca

Ton texte est touchant, il m’a retourné …
Courage à elle et à toi.
Je n’écris pas plus de peur de faire des maladresses. Des bisous.

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je me souviens avoir lu ton post il y a un an et je suis venue le relire aujourd’hui- il me touche toujours autant, et peut-être plus encore après avoir lu et entendu ton amie dans les médias ces derniers temps. J’espère que la petite flamme n’a pas trop vacillé au cours de cette année et qu’elle va continuer à grandir.

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<3

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