C’est quoi, la mode responsable et durable ?

©Photo Fashion Revolution

Depuis quelques années maintenant, je me suis attelée à cette tâche immense de consommer moins mais mieux au quotidien. Bien-sûr, je savais que cette démarche allait être longue et d’une complexité non négligeable… Ce que je ne savais pas, c’est qu’elle me mènerait régulièrement à des comportements schizophrènes, d’autant plus que ce nouveau mode de consommation ne concerne pas que la mode… ce serait trop simple !

A mesure que j’avance dans cette voie, les questions, loin de se tarir, continuent à se présenter. Tout cela m’est apparu d’autant plus fort que j’ai eu un échange très intéressant avec Marion, une abonnée sur IG, qui me faisait remarquer que je mettais dernièrement en avant l’initiative de mode responsable d’une grande enseigne de mode tout en portant un pantalon Zara. Et que du coup, elle se posait des questions sur la véracité de mon engagement, sans parler de la légitimité de l’engagement de l’enseigne (je résume, c’était dit avec moult smileys et nuances pour atténuer la dureté potentielle du propos).

J’aurais pu m’énerver de sa remarque (parfois, #lesgens…!), mais au contraire : cet échange en particulier a achevé de me convaincre que si quelqu’un en doutait, il n’y a pas de mode d’emploi tout prêt pour consommer moins mais mieux. La mode éthique ne correspond pas qu’à une seule réalité, ni à un seul modus operandi. En réalité, il s’agit d’une démarche complexe à plus d’un titre, à commencer par le fait que rompre avec un modèle auquel on a été biberonné toute sa vie ne se fait pas du jour au lendemain et implique forcément des ajustements ! 

Et puis, et je crois que c’est ce qui dans tout ce processus me chagrine le plus, on a tôt fait de se sentir coupable. Coupable de ne pas faire assez, coupable d’avoir craqué pour ce petit pantalon signé Zara. Coupable, ou culpabilisé.e par des tiers plus ou moins bienveillants. Comme ceux, par exemple, qui reprochent à Marie-Paola, la personne de ne mon entourage la plus engagée vers une consommation globale raisonnée !, d’avoir pris l’avion pour un déplacement pro à New York il y a peu. C’est vrai quoi, elle aurait pu sortir ses rames pour rejoindre les Amériques si elle était si engagée que ça ! Comme s’il fallait virer jusqu’au-boutiste du green pour avoir le droit de s’exprimer sur le sujet. 

Alors c’est quoi, la mode responsable ?

Mon mode d’emploi, qui est donc tout personnel et qui n’est sûrement que transitoire (je fais souvent un parallèle avec la viande, que j’ai progressivement arrêtée quasiment à 100%, mais cela m’a pris au bas mot une petite dizaine d’années, à vue de nez. Et encore, je suis flexitarienne, j’ai encore une marge de progression avant d’arriver au zéro viande…!) : je vise au « moins mais mieux » en achetant moins. Evidemment. Evidemment aussi, lorsque j’achète, j’essaye de donner au maximum la priorité aux marques qui respectent l’homme et l’environnement, qu’elles soient made in France ou non : le problème de beaucoup de lignes de productions douteuses vient souvent de la sous-traitance, pas forcément du pays dans lequel un produit est confectionné. L’Inde, par exemple, à un savoir-faire séculaire inégalé sur les broderies ! Arrêter mes choix me prend plus de temps. Je m’efforce de décrypter les étiquettes, je me renseigne et avance pour compléter petit-à-petit mes connaissances sur le sujet. Dans mon travail, j’essaye là encore de promouvoir un maximum les marques éthiques et responsables, que ce soit à travers les sélections shopping, les looks que je poste, l’annuaire de mode éthique, etc.  

Pourtant il m’arrive encore et malgré tout d’aller chez Zara and co. Je suis peut-être faible, certainement !, mais le constat est là : je ne suis tout simplement pas capable de rompre du jour au lendemain avec mon mode de consommation. Comme pour la viande, j’ai besoin (et c’est là encore très personnel !) d’une transition. Mais ce n’est pas là la seule raison… Soyons honnêtes, je n’ai pas toujours le budget pour m’offrir de jolies pièces de créateurs, lesquelles, en outre et lorsque je les montre sur le blog ne suscitent pas toujours votre adhésion : la mode éthique est fatalement plus chère et de ce fait, elle n’est pas à la portée de la majorité des bourses… à commencer par la mienne, j’insiste ! De ce fait, j’estime que le « moins mais mieux » peut aussi s’appliquer à du Zara and co : acheter 6 pièces de fast fashion par an, c’est encore trop, mais c’est toujours mieux que d’en acheter 2 par mois. Et ce constat me paraît fondamental pour accéder à des paliers successifs et tendre in fine à une consommation plus juste : je le répète, ça n’est pas en culpabilisant et en fixant des objectifs inatteignables qu’on va faire avancer le débat… 

Voilà. En synthèse, je crois que consommer moins, mais mieux, c’est réduire ses achats, privilégier les marques clean, pratiquer la seconde main que ce soit en tant qu’acheteur ou vendeur. Et garder cette idée en tête que si minime soit-il, on a tous un rôle à jouer dans cette équation… !  

Commentaires

Le plus dur est effectivement que nous sommes la génération du fast-fashion, de l’hyper-consommation et celle sur qui va reposer la responsabilité de n’avoir rien fait alors que nous savions..
Faire tous un peu mieux, un petit peu chaque jour et surtout faire bouger les lignes politiques- plus de point d’eau potable, pour inciter les gens à prendre leur gourde plutôt qu’une bouteille d’eau, plus de pistes cyclables, des transports en commun gratuit, bacs de composts dans tous les arrondissements,inciter les ouvertures de magasins en vrac..- la liste est longue pour donner à ceux qui hésitent le moins d’excuses possible!
Pour ma part, le défi de l’année est d’aller vers du beaucoup moins d’emballage (j’achète beaucoup en vrac mais je culpabilise toujours en descendant mes poubelles…). On est aussi tous plein de contradictions, de comportement impulsif. Arrêtons de nous culpabiliser les uns les autres, avançons ensemble.

Cela dit, en tant que «  » »personne d’influence » » » » vous avez un rôle à jouer car vous êtes des «  » »modèles » » » auxquels certaines s’identifie, et c’est à travers « vous » que certaines personnes vont se dire que Zara ce n’est peut-être pas si chic que ça finalement.. Osez reporter le même pull par exemple, de façon différente, montre que l’on a pas besoin d’en avoir 50 dans son dressing pour être fashion! Sur ce, bonne journée <3

Répondre

J’imagine que tu as vu l’excellent reportage sur le plastique de Cash Investigation cette semaine ? Tellement édifiant…

Et oui, je suis parfaitement d’accord avec notre rôle d’influenceur : on a une voix qui porte un peu plus par la force des choses, on a un devoir de prise de parole… dur cependant de ne pas être trop prosélyte ou de ne pas culpabiliser personne dans la bataille… !!! Step by step 😉

Super cet article ! C’est exactement ma réflexion actuelle et je me retrouve complètement dans ce que tu dis.. Il est vrai que la mode éthique « est fatalement plus chère » et donc que j’ai beaucoup de mal à pouvoir bien et mieux consommer…et c’est fort dommage. Du coup , j’essaie de faire comme toi de consommer « moins mais mieux ». Alors oui shame on me, je craque encore pour des grosses enseignes mais largement moins qu’avant. ET alors maintenant que j’ai un bébé, c’est pareil c’est tout de suite super cher alors qu’elle va pouvoir mettre ça 1 mois.. pas facile tout ca. Bonne journée. Juliette

Répondre

ah merci merci merci pour ce commentaire résonné !! cela fait du bien car comme toi « du jour au lendemain » c’est pas possible pour moi et ce en dépit de mes efforts ….

Répondre

Certains doivent bien y arriver… mais à quel prix ! Je préfère une transition raisonnée, mesurée et efficace, tant qu’on a la volonté d’ouvrir les yeux et de s’astreindre à améliorer nos comportements !

Je suis un peu comme toi à culpabiliser de mes achats mais j’ai améliorer ma façon de consommer pour tout.
On n’a pas toutes le budget pour changer de garde-robe du jour au lendemain.
Et puis dans le quotidien, ce n’est pas facile de changer nos comportements.
Ce qui est bien dans tout ça, c’est qu’on regarde plus souvent les étiquettes, qu’on achète moins et mieux. C’est un début.

Nathalie

Répondre

Ce n’est pas facile et souvent plus coûteux au début. Une fois qu’on a amorcé la pompe c’est moins pire, à condition d’arriver à s’affranchir des schémas de consommation avec lesquels on s’est construit… !

Ohhh que je te comprends ! Dur dur de résister surtout quand on se balade sur Instagram ! Maintenant c’est 1 pièce par mois (Chaussure, sac ou vêtement). Cela me convient mieux et me force à réfléchir. Je suis tellement contente de recevoir ma petite pépite. Bravo pour ton article deedee! Je pense que c’est toi qui m’a insuffler ce changement et cette prise de conscience.

Répondre

Personnellement, c’est Vinted qui a sauvé mon porte-monnaie !!! Cet hiver, après être retournée vivre chez mes parents pour diverses raisons, je me suis retrouvée dans la situation suivante : une garde-robe qui déborde de vêtements, mais pourtant rien qui ne plaise ou ne m’aille vraiment et malheureusement un compte en banque dans le rouge… Alors j’ai été obligée de faire un tri : tout ce que je n’avais pas mis dans les six derniers mois et qui était en bon état est parti sur Vinted…
C’est là que je me suis rendue compte à quel point je dégainais très – trop – facilement la carte bleue… Ainsi, j’ai petit à petit refait ma garde robe en utilisant l’argent récolté sur Vinted, toujours en achetant sur Vinted. Ce n’est pas parfait, mais au moins j’ai pu donner une seconde vie à ces vêtements que plus personne ne mettait. Ce n’est certes pas parfait, mais c’est un premier petit pas.
L’objectif, c’est d’acheter moins mais de meilleure qualité pour que cela tienne dans le temps… Et les achats impulsifs de fast-fashion, on les fait sur Vinted…

Répondre

C’est en effet une super première étape !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *