Lettre ouverte ? Jerome

Oui, je sais, d’habitude le mardi, c’est la journée « culture confiture »… mais je n’ai pas terminé le pour le moment excellent « Comment peut-on être français » de Chahdortt Djavann. A la place, je vous offre donc une jolie petite histoire, et une occasion unique pour nos amis les hommes de faire une percée dans le monde magique des filles. Elle est pas belle, la vie ?! 🙂

Cher Jerome,

vos sacs ? main, je les aime d’amour. Je les chéris, de loin pour le moment, je les caresse dans les plus doux de mes rêves, je les adule, je les aurais, un jour. Mais votre vendeuse du corner du Printemps, l? , ça ne va pas être possible. Un nombre incaculable de fois que je passe sur le stand, bavant copieusement sur ? peu près l’ingralité des modèles qui y sont présentés. Trois fois que j’ose m’arrêter, trois fois en 4 mois ? Autant vous dire qu’? ce niveau l? , ça s’appelle de l’obsession. Une obsession qui porte d’ailleurs un nom. Billy, medium, camel. LE sac de ma vie.

Ma toute première fois, il n’y a pas de Billy Camel, mais bordeau, kaki ou noir. Pour autant, je ne résiste pas ? l’envie de le prendre dans mes bras, quand même. La vendeuse voit que la forme me plaît, insiste devant ce kaki, tellement plus joli que le camel ! Je lui explique que non, je préfère vraiment le camel. Elle me regarde alors d’un air chargé du plus beau des dédains, pour me rétorquer un « eh bien nous, chez Jerome Dreyfuss, nous sommes obligés de coller aux tendances. Et les tendances, cette année, c’est kaki, bordeau et noir. Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise.. Si vous êtes has been, ça n’est quand même pas de ma faute !« . J’aurais pu lui coller ma main dans la tronche pour lui expliquer combien j’étais has been mais je suis une fille bien élevée. Et classe, évidemment. J’ai préféré lui rétorquer avec un grand sourire que je la plaignais, d’être obligée d’user d’arguments aussi fallacieux, ? la limite de l’insulte, pour vendre ses sacs ? main.

Mais, vous voyez, j’aime tellement vos sacs que me faire insulter et prendre de haut ne m’a même pas calmée. Je suis revenue ? la charge une seconde fois. Pour vérifier qu’il n’y avait pas de camel, et aussi parce qu’un autre modèle me faisait inopinément et sacrément de l’oeil. René, qu’il s’appelait. Une jolie couleur beige foncée. Je m’approche de cette petite merveille, le palpe, le colle contre mon coeur qui bat déj? d’un amour sûr pour lui. Votre vendeuse, telle un cerbère, rapplique alors, et, mielleuse, m’annonce qu’oh joie, ce sac est ? 325€ au lieu de 500€, vite, précipitez vous ! Mon sang ne fait qu’un tour. Le simple fait d’entrevoir que je pourrais craquer, l? , maintenant, tout de suite, me donne une joie fébrile et fiévreuse tout a la fois. Prête ? dégainer ma CB sans plus de formalités (ce qui, même ? 325€, est tout de même très club de ma part, vous en conviendrez monsieur Dreyfuss), je m’aperçois alors que le sac présente une grosse tâche sur le devant. Je reste cool, de toutes façons, ? ce prix l? , on a pas un modèle d’exposition, si ? Eh bien si, et on s’estime heureux, en plus. C’est ce que m’explique votre toujours très charmante vendeuse, qui, d’un ton chargé de condescendance, m’explique qu’? ce prix l? je suis folle de ne pas craquer tout de suite, une telle opportunité, vraiment, ça ne se refuse pas. Quand je lui rétorque qu’acheter un sac ? 325€ taché me semble malgré tout un peu incongru, elle me l’arrache des mains, le remet sur son présentoir et me tourne le dos, sans autre forme de procès…

A ce moment l? , j’étais bien décidée ? casser les genoux un soir de nocturne ? cette bien curieuse « vendeuse », histoire de réparer le préjudice moral que je subissais depuis bien trop longtemps. Et pourtant… je ne résistais pas ? l’appel du Billy cette fois-ci camel entraperçu par hasard lors d’un détour au Printemps samedi dernier. Enfin ! Il est l? , mon précieux, mon divin sac.

Je m’approche, le palpe amoureusement et le vois déj? ? mon épaule. J’en ai les mains moites d’excitation. Le chien de garde rapplique, sourire mielleux apposé sur sa face, et me remet le grand modèle. Je le passe, constate que je préfère la taille intermédiaire, ce dont je me doutais depuis un moment. Elle s’exclame alors qu’en medium, elle n’a pas la couleur camel. Pas encore, du moins. Sans me laisser le temps de digérer l’infâme nouvelle, elle me colle un tout autre modèle dans les mains, dont la seule similitude avec Billy est la couleur camel. Je n’aime pas et le lui dis quasi immédiatement mais non, elle a besoin de caser son argumentaire de vente. Ce qu’elle n’a pas compris, c’est que lorsqu’on est prêt ? investir une telle somme dans un sac ? main, on veut EXACTEMENT le sac ? main qu’on est venu chercher. Pas un de ses frangins. Sauf le gris souris, l? , tout aussi sublime mais pas dispo non plus en medium. Et vas-y que je te baratine sur la contenance formidable de Jules, et blablabla. Je suis une fille polie, je reste aimable. Je finis par lui dire que non, c’est Billy medium ou rien, et, petit clin d’oeil amical, qu’elle devrait le savoir depuis le temps qu’elle me voit roder autour de son stand. Réponse de l’intéressée ? « C’est ridicule, vous devriez prendre Jules, le Billy ne vous va de toutes façons pas du tout« .

Mais qu’est-ce qu’elle croit ? la fin ? Que je suis une dinde écervelée que l’appel de la CB démange au point de perdre la raison et de claquer 500 euros n’importe comment ? Que m’abreuver de remarques complètement stupides et ? la limite de la politesse vont me décider ?

Alors, cher Jerome, vous savez quoi ? J’ai envie de vous dire que vos consommatrices sont des êtres pourvues d’un cerveau plus ou moins connecté et qu’en général, quel que soit l’amour invétéré qu’elles portent ? un sac ? main, l’insulte n’est PAS un argumentaire de vente. Je me le tiens pour dit, en ce qui me concerne…

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Commentaires

Ah la la, tu ? eu ? faire avec cette morue toi aussi ??? J’hallucine qu’une grande marque embauche une telle connasse. Désolée pour le terme, pour moi, il n’y en a pas d’autre !!

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C’est tellement tellement tellement vrai cette histoire !!! Merci merci de te faire la voix de toutes ces consommatrices si desespérées face ? des vendeuses si peu faite pour le métier !!!
MERCI DEEDEE.
PS: en espérant que Jérôme lise ton billet ainsi que toutes les marques intéressées au sujet.

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Je dois dire que si tout est vrai… juste vrai elle mérite le terme !
Et mériterait d’aller vendre du grain aux poules pluôt que de parader aux frais de Jérôme au Printemps !

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Tout est absolument véridique, je te le confirme !

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Je suis complètement avec toi sur ce coup l? !!!
J’ai eu exactement le même genre de réaction avec la vendeuse de la seule boutique qui fait Dreyfuss sur Toulouse, Hall 2.
Par contre j’ai croisé Jerome himself et son assistante au corner du Printemps début janvier. J’ai pu parl