Les heures souterraines de Delphine de Vigan

Paris. Deux personnes qui ne se connaissent pas.

Un médecin, célibataire, happé par un quotidien démentiel. Une chargée de marketing, mère de trois enfants, veuve.

Depuis 8 ans, Mathilde est cadre dans une grande société. Un travail qui lui a redonné goût à la vie après le décès de son époux. Et puis, un jour, son supérieur et binôme la dénigre. Lentement, mais sûrement, elle se laisse grignoter par un harcèlement moral aussi insidieux que profondément destructeur.

Thibault est médecin aux urgences médicales de Paris. Une profession qu’il a endossée après une carrière toute tracée de médecin généraliste de campagne. Thibault se consume d’amour pour Lila, mais Lila ne l’aime pas. Éperdu d’amour et de douleur, Thibault n’a pas d’autre alternative que de la quitter.

L’un et l’autre se sentent incroyablement seuls, oppressés, dans un Paris oppressant. Pourtant entourés qui, par ses enfants, qui, par ses patients. Et puis, ils sont à Paris, Paris !

Bon, je ne veux pas avoir l’air de plomber l’ambiance car in fine, ce livre ne m’est pas apparu si noir que j’ai l’air de le décrire, mais il se trouve qu’il fait écho à un événement. (arrêtez de lire ici si vous êtes une âme sensible !).

Il y a quelques années, en rentrant chez moi, cordon de police et interrogatoire musclé devant l’entrée de mon immeuble. Après avoir montré patte blanche, un flic me donne l’autorisation d’entrer dans l’immeuble, non sans m’avoir intimé l’ordre de ne pas regarder dans la cours, en passant.

Bien-sûr, je n’ai pas pu m’empêcher de ne pas suivre son injonction. Et, sans rentrer dans les détails gores, globalement, j’ai vu un corps, sous une couverture. Un type, un voisin, s’était jeté de sa fenêtre. Bon, je vous avais prévenu, c’est un peu gore. Toujours est-il que depuis, cette question me hante : comment, en étant entouré d’autant de personnes, peut-on se sentir seul au point de se tuer ?

Bon, maintenant que j’ai bien plombé l’ambiance… je continue !

Je ne saurais dire si cet épisode est la raison qui m’a fait autant apprécier le livre. Une chose est certaine : le destin de Mathilde et celui de Thibault, si seuls face à leur détresse, à leur désespoir alors même qu’ils sont entourés de tant de gens m’a interpelé.

Je ne connaissais pas Delphine de Vigan dont ces heures souterraines sont le cinquième roman. Un roman qui, au-delà de la question de la solitude paradoxale des grandes villes aborde celles du harcèlement en entreprise (tiens, là aussi j’aurais des choses à raconter ! Mais on me fait signe que j’ai déjà assez bavassé comme ça…!), de la place que l’on occupe dans la société.

J’aime énormément la plume de cet auteur, simple, sans détours, sans chichis et extrêmement efficace.

Et, encore une fois, le roman est bien moins noir que l’idée que vous pouvez vous en faire après ce billet… même si je vous recommande, malgré tout, de le lire dans une période où vous vous sentez bien !

Ce que dit la 4ème de couv’ : Chaque jour, Mathilde prend la ligne 9, puis la ligne 1, puis le RER D jusqu’au Vert-de-Maisons. Chaque jour, elle effectue les mêmes gestes, emprunte les mêmes couloirs de correspondance, monte dans les mêmes trains. Chaque jour, elle pointe, à la même heure, dans une entreprise où on ne l’attend plus. Car depuis quelques mois, sans que rien n’ait été dit, sans raison objective, Mathilde n’a plus rien à faire. Alors, elle laisse couler les heures. Ces heures dont elle ne parle pas, qu’elle cache à ses amis, à sa famille, ces heures dont elle a honte.
Thibault travaille pour les Urgences Médicales de Paris. Chaque jour, il monte dans sa voiture, se rend aux adresses que le standard lui indique. Dans cette ville qui ne lui épargne rien, il est coincé dans un embouteillage, attend derrière un camion, cherche une place. Ici ou là, chaque jour, des gens l’attendent qui parfois ne verront que lui. Thibault connaît mieux que quiconque les petites maladies et les grands désastres, la vitesse de la ville et l’immense solitude qu’elle abrite.


Mathilde et Thibault ne se connaissent pas. Ils ne sont que deux silhouettes parmi des millions. Deux silhouettes qui pourraient se rencontrer, se percuter, ou seulement se croiser. Un jour de mai. Autour d’eux, la ville se presse, se tend, jamais ne s’arrête. Autour d’eux s’agite un monde privé de douceur.


Les heures souterraines est un roman sur la violence silencieuse. Au coeur d’une ville sans cesse en mouvement, multipliée, où l’on risque de se perdre sans aucun bruit.

Une interview de l’auteur, si vous voulez en savoir plus !

Commentaires

J’avais déjà très envie de le lire, mais ta critique me donne encore plus envie d’aller me le procurer chez ma libraire !

Répondre

Aah c’est drôle : en allant sur ton blog, je vois que tu lis ce que je sais de Vera Candida de Veronique Ovaldé… Moi aussi ! Pour le moment, j’aime beaucoup, beaucoup 🙂